Les effets de l’alcool sont biphasiques. A faible dose, l’alcool est désinhibiteur, euphorisant.
A forte dose, c’est au contraire l’effet sédatif qui domine.
Dépendance physique :
L’alcool agit sur les membranes biologiques de manière non spécifique et réversible. Il provoque une fluidité des membranes, qui sont moins rigides le temps où l’alcool est présent dans l’organisme. Ce phénomène dépend de la dose d’alcool ingérée et est réversible. Cette perturbation membranaire peut expliquer partiellement les effets néfastes ressentis sur différents organes lors d’alcoolisations : système digestif, système nerveux, …
Au cours de l’alcoolisation chronique et répétée, l’organisme va s’adapter à cette perturbation membranaire et s’y opposer. Ainsi, pour « rigidifier » ses membranes, il va augmenter l’incorporation d’acides gras ou de cholestérol dans toutes les membranes biologiques. Acides gras comme cholestérol étant de grosses molécules rigides, leur présence s’oppose à l’action fluidifiante de l’éthanol.
Le fonctionnement membranaire devient sensiblement normal grâce à cette adaptation, il faut augmenter les doses d’alcool pour ressentir les mêmes effets. C’est le phénomène de tolérance nerveuse de l’alcool.
La dépendance physique s’exprime par le syndrome de sevrage lors de l’arrêt brutal et sans précautions de la consommation d’alcool. Il n’est pas juste question de volonté pour arrêter l’alcool, mais aussi bien de réadapter son organisme à l’absence de celui-ci. Une prise en charge au long cours est indispensable...
Dépendance psychologique :
L’alcool est consommé pour ses effets positifs dans un premier temps. Il sert d’échappatoire via l’euphorie, la désinhibition ou l’oubli des difficultés qu’il engendre.
Petit à petit, la consommation va augmenter, jusqu’à ce qu’elle soit indispensable à l’individu qui ne peut plus s’en passer. C’est le seuil de la dépendance psychologique.
Au fur et à mesure de la régularité et de l’augmentation de la consommation, les effets néfastes de l’alcool se feront de plus en plus sentir.
Il existe différents usages de l’alcool. Différents outils permettent de classer les alcoolisations. Leur but est d’apprécier le type d’alcoolisation d’un individu afin d’adapter le programme thérapeutique du sevrage en conséquence.
Alcoolisme primaire ou secondaire :
L’alcoolisme primaire est une conduite alcoolique de début précoce. Elle débute avant 20 ans, les antécédents génétiques et biologiques contribueraient largement à un tel type d’alcoolisme.
Certains facteurs psychopathologiques favorisent la survenue de cette dépendance. Il s’agit de l’impulsivité, des troubles du comportement ou de la tendance à rechercher des sensations fortes.
L’alcoolisme primaire apparaît chez des patients présentant déjà certains types de troubles, auxquels s’ajouteront les autres troubles psychiatriques dus à l’effet de l’alcool par la suite.
L’alcoolisme secondaire est très différent. Il s’agit généralement d’une conduite d’automédication par l’alcool censée réprimer un trouble de type anxiété ou schizophrénie. Le début est plus tardif et l’évolution vers les complications est plus lente.
Classification de Fouquet :
Cette classification distingue deux modes d’alcoolisation.
L’alcoolisation d’entraînement, d’habitude, ou sociale :
Ce type d’alcoolisation concerne principalement les hommes. La consommation débute au début de l’âge adulte, de manière occasionnelle chez les sujets festifs et « bons vivants ». Elle devient ensuite régulière toute la vie lors de moments de convivialié ou d’évènements à fêter. Il n’y a pas de sentiment de culpabilité initialement. Pourtant, peu à peu, la dépendance peut s’installer.
L’alcoolisation de compensation ou névrotique :
Ce mode d’alcoolisation est prédominant chez les femmes. Il survient lors de difficultés relationnelles et/ou existentielles. L’alcool est consommé dans le but de les oublier : il sert de drogue tranquillisante et dopante. La consommation est plus irrégulière, solitaire, donnant lieu à de fréquentes ivresses. La dépendance psychique est atteinte rapidement. Le sentiment de culpabilité est énorme, accompagné d’anxiété et de dépression.
Classification de Babor :
Elle est probablement la mieux validée statistiquement sur d’importantes populations de patients. Elle différencie :
Le type A dont les éléments essentiels sont :
- Début tardif (après 20 ans)
- Evolution lente
- Moindre fréquence de psychopathologies associées
- Complications moins fréquentes
- Moins de facteurs de risques dans l’enfance
- Meilleur pronostic
Le type B est caractérisé par :
- Début précoce
- Alcoolisme familial fréquent
- Dépendance sévère
- Plus grande fréquence de toxicomanies associées
- Plus de pathologies psychiatriques associées
- Agressivité et impulsivité dans l’enfance
Le type A est plus fréquent chez la femme (62% des femmes alcooliques, contre 46% des hommes).
Pour chaque individu, seul un diagnostic complet permet d’envisager un traitement global et personnalisé. Il devra intégrer la notion de dépendance, le type d’alcoolisation ainsi que l’analyse de l’ensemble des complications.




