Pour le malade alcoolo-dépendant, le sevrage, l'arrêt total de toute consommation d'alcool, est une étape obligatoire vers la guérison. Elle représente également un temps symbolique essentiel du parcours thérapeutique. Beaucoup de patients la redoutent : ils ont déjà essayé, et souvent à plusieurs reprises, seuls, ou à l'aide de médicaments, sans réussite et parfois en souffrant. Ils savent qu'ils ont besoin d'alcool pour continuer à fonctionner à peu près normalement sous peine de ressentir des signes physiques, physiologiques, voire sociaux souvent insupportables qui les amènent à reboire.
Cette peur du sevrage va de pair, paradoxalement, avec la croyance - partagée par certains médecins - que cesser de boire réglera définitivement le problème de dépendance : c'est la cure de désintoxication, avec sa connotation magique, entretenant chez le sujet l'illusion qu'il est " remis à neuf, purifié de la toxine alcool, et prêt à repartir à zéro ". Ceci doit être démystifié. La finalité de la cure doit être le maintien de l'abstinence, condition de l'amélioration de la qualité et de la durée de vie. Le sevrage alcoolique n'est pas l'objectif du traitement mais un moyen pour y parvenir. Ce n'est qu' un premier pas. De plus, la diminution de la consommation d'alcool qui peut se justifier chez les buveurs excessifs non alcoolo-dépendants, est totalement inefficace à moyen et long terme chez les alcoolo-dépendants.
Même si il est vain d'attendre du malade encore alcoolisé une demande de sevrage sans malentendu, ambiguïté ni ambivalence, celle-ci suppose un véritable contrat à l'occasion duquel le patient sera clairement informé des conditions du traitement afin d'y réfléchir, si possible avec son entourage. C'est le temps essentiel de la pré-cure. Le patient devra être rassuré, en insistant notamment sur le confort du sevrage qui ne pose plus de problème, mais aussi responsabilisé.